Comment parler de la Tunisie sans vous parler de ses poteries ?
Après un petit aperçu de ce que les berbères font à Sejnane, je me suis dis que je devais vous faire partager la tradition de la terre cuite, qui débute dès les néolithiques en Tunisie et qui fut ensuite largement influencée par les conquérants phéniciens, romains, espagnols, arabes, ottomans. Cette tradition perdure encore aujourd’hui : vaisselle en terre cuite, décorations intérieures etc.
Nabeul est une petite ville au nord est de la Tunisie, réputée pour la qualité artistique de ses poteries, en particulier émaillées. Cette production est venue s'ajouter aux traditionnels articles utilitaires crus et poreux (non vernissée).
Il reste environ aujourd’hui une trentaine d’ateliers à Nabeul, et c’est là que se fournissent la plupart des marchands des souks alentours et notamment ceux de Tunis.
Wadya, commerçant de poteries et de céramiques qui a son magasin juste en dessous de chez nous, nous a proposé d’aller visiter l’atelier de poterie de son magasin. Ils ne font plus les objets en terre, mais les achètent à Nabeul.
Leur travail dans cet atelier consiste donc à les dessiner, à les peindre, à les colorer, et à y ajouter l’email et le vernis et enfin, à les faire cuire. Ils travaillent aussi beaucoup pour des commandes spécifiques de particuliers.
Week-end du 17/18 octobre, le froid s'est bel est bien installé sur le nord de la Tunisie... et oui!
Les températures sont descendues à 12/14 degrés, mais la pluie, le vent et surtout l'humidité de l'air nous gèlent jusqu'aux os!! Après une bonne matinée aux fripes pour se fournir en pulls et autres gilets, Nadège et moi avons décidé de rejoindre Elyes chez son ami italien à Tabarka.
Tabarka est une ville côtière du nord-ouest de la Tunisie, à environ 170km de Tunis et à une 15aine de km de l'Algérie. Ville située au fond d'un golfe, elle est dominée au sud par le Djbel Khemir, une petite chaîne montagneuse aux cimes boisées de chênes-lièges. C'est une petite ville touristique connue pour la plongée, le corail, et ses jolies plages, on y vient aussi pour les nombreuses possibilités de randonnées aux alentours. La ville est surplombée d'un rocher sur lequel est construit un fort génois.
Après une petite visite de la ville, nous avons partagé une soirée bien sympathique autour d'un bon repas, de Tabounas (pain typique tunisien), d'huile d'olive, de thés et d'une chicha, à échanger ouvertement sur nos différences, sur les différentes pratiques de la religion musulmane, sur combien elle régit chaque moment de la journée et de la vie d'un pratiquant, sur ce qui peut être suivi à la lettre et ce qui doit être adapté pour que tous puissent vivre en harmonie...
Le lendemain, journée de vadrouille direction le Cap Serrat...
Durant notre périple, nous sommes passés dans de petits villages très agricoles, où la vie semble bien différente de celle de la capitale! Les habitants vivent surtout de l'agriculture de tabac, de céréales, de l'élevage de bovins et d'ovins, et de la chasse (on chasse surtout le sanglier, que les musulmans ne consomment pas, mais qui est revendu pour les grands hôtels de la côte, à prix d'or, et qui fini dans les assiettes des touristes). L'âne reste encore dans la campagne tunisienne un compagnon fidèle : moyen de locomotion ; transport de l'eau (il n'y a parfois qu'un point d'eau potable par village) et de marchandises.
C'est une région où vivent beaucoup de berbères, aux visages si marqués et si beaux! Nous avons fait un petit détour par Sejnane, centre de production de poteries berbères. De fabrication exclusivement féminine, cette poterie est d'une très grande simplicité et elle répond le plus souvent aux besoins domestiques : cruches, vases, couscoussiers... Les motifs m'ont fait pensé à de l'art naïf : triangles, losanges, damiers, et quelques figures de poupées, de cigognes et de dromadaires...
Ces femmes, qui vendent leurs confections sur le bord de la route, fabriquent ces poteries sans tour ni four, elles sont cuites sur un foyer de branchages et de bouses de vaches ou sèchent simplement au soleil. Je n'ai évidemment pas pu résister longtemps et suis rentrée à Tunis avec plusieurs de ces poteries sous le bras!!
Le paysage grandiose du Cap Serrat La route sinueuse, les forêts d'eucalyptus, quelques vallons verdoyants et nous voilà dans les petites plaines marécageuses et sur la plage du Cap Serrat! Endroit calme, magnifique, reposant... Nous avons longé la mer et la falaise un moment, observé les pêcheurs se préparant à sortir en mer, croisé quelques animaux : vaches, ânes, chats... et mangé de la dorade fraîche dans la seule petite gargote ouverte durant ce week-end hors saison. Un havre de paix!!
Encore un week-end qui nous aura permis de découvrir des paysages et des sites exceptionnels, et de toucher d'un peu plus près encore la vie tunisienne, cette fois-ci côté campagne!
Besoin de changement, de sortir de cette grande ville de Tunis, besoin d'aller voir la mer, de se poser, de respirer, bref, de changer d'air!Destination Hammamet! On amène Elyes avec nous, départ en louage, tout comme je vous l'ai expliqué dans un autre article, le louage c'est pratique mais c'est sport!! On a mis environ 3/4 d'heure pour nous rendre dans cette ville à 70 km au sud-est de Tunis, en bordure de mer.
Alors Hammamet, c'est le symbole des vacances, de la mer, du soleil et de la détente! Le climat est doux et les plages immenses. En fait, c'est surtout devenu le paradis des touristes et la station balnéaire la plus réputée et la plus fréquentée du pays! Tout au sud de la ville il y a d'ailleurs une nouvelle station touristique appelée "Yasmine Hammamet" qui concentre des dizaines d'hôtels, de villas et d'appartement; des boites de nuits, un casino, et même une reconstitution en "stuc" d'une médina traditionnelle.... :( En haute saison, j'aurais fuit cette ville en courant, mais en ce début du mois d'octobre, les touristes se font rares et la vieille ville (médina, petite plage et petit port de pêche) est très agréable.
En finaudes que nous sommes nous n'avions pas prévu de maillots de bain... quand même, on est le 10 octobre, on se baigne plus! Qu'est-ce qu'on a pu le regretter!!! Il faisait un temps merveilleux, au moins 30 degrés et l'eau était très bonne! Elyes était le seul à avoir tout prévu!
J'ai pas pu résister, j'ai enfilé un autre tee-shirt que j'avais dans mon sac, j'ai mis une sorte de tapis (en tissu léger que nous avions pris pour nous asseoir sur la plage) en guise de jupe et plouf! Je me suis baignée! La tenue était pas idéale pour nager, mais qu'est-ce que ça m'a fait du bien!!!
Après avoir passé une bonne partie de l'après-midi sur la plage nous avons fait un tour dans la vieille médina, petites ruelles tortueuses, petit souk,
toujours ces murs blancs et ses portes bleues ou colorées. Nous avons fini la journée par un petit repas à la terrasse d'un restaurant "avec vue", brick, daurade, oja aux merguez, y en avait pour tous les goûts! En tout cas, le but a été atteint! On a passé un super moment, piqué des fous rires et pris un bon bol d'air!
Alors que j'avais l'habitude de ma petite "titine" de voiture pour aller au travail, à la gare, visiter famille et amis, me voilà repartie à la découverte grandiose de la MARCHE!!! Moyen de transport écolo, pratique, assez rapide quand il n'y a pas d'arrivages massifs de "car à touristes" dans les souks. C'est aussi un moyen de mieux connaître chaque jour la population, de faire un brin de causette avec les vendeurs des souks qui commence à nous connaître à force de passage devant leurs boutiques. Je marche donc beaucoup, sachant déjà que je mets 1h30 pour aller et rentrer de l'école! Rien de tel pour galber cuisses et mollets!
Quand la distance ne nous permet pas l'usage de nos petons, et qu'il s'agit de se déplacer dans la capitale, nous prenons un taxi. Taxi jaune, muni d'un compteur qu'il faut toujours vérifier en montant pour ne pas se faire rouler. La somme de base affichée au compteur est de 400 millimes et elle augmente bien évidemment en fonction de la distance et du temps parcourus. Les rues de Tunis en sont tapis, mais il n'est pas rare que certains refusent de nous conduire à certains endroits s'il juge que la circulation est trop encombrée et qu'il perdra du temps!.... Cela prouve au moins qu'un chauffeur de taxi tunisois a assez de travail pour en refuser! Toujours (ou plutôt souvent) content que tu lui dises bonjour en arabe, la course en taxi est l'occasion de discuter avec le chauffeur sur la France ("ah oui, je connais bien la France, j'ai un cousin à Marseille!"), ou de la pluie et du beau temps.
Et pourquoi pas le tram (appelé Metro à Tunis) ou les bus de ville??? Et ben, bof bof! Il y a un réseau de tram et de bus assez développé, mais ils sont toujours bondés et certains môsieurs, pas très fins, et ayant l'image glorieuse de la femme européenne comme étant très facile, ont les mains bien baladeuses et n'hésite pas à user de tous les moyens possible pour nous coller un maximum... alors, ben, quand on peut, on s'en passe volontiers!
Le TGM : Tunis - La Goulette - La Marsa
C'est une ligne ferroviaire longeant le lac de Tunis, et qui, comme son nom l'indique, relie Tunis à La Marsa en passant par La Goulette, mais aussi par Sidi Bou Saïd, Carthage, Le Kram etc. En journée il y a des départs environ toutes les 20 minutes, cela permet donc d'aller facilement dans la banlieue "chic" tunisoise ou d'aller passer un moment à la plage, à Carthage ou à Sidi Bou. La semaine, il est très fréquenté par les travailleurs habitants la banlieue.
Jusque maintenant, je l'ai pris une fois seulement pour rejoindre Mehdi et Ikbal à Sidi Bou Saïd.
Quand il est question de quitter cette grande ville et sa banlieue proche, plusieurs propositions de transports s'offrent à nous.
En train avec la SNCFT (société nationale des chemins de fer tunisiens)
Le réseau ferroviaire tunisien couvre près de 2 400 km, du nord au sud du pays. Pour le moment, nous ne l'avons testé qu'une seule fois, pour nous rendre à Hammam Lif, petite ville en périphérie de Tunis. Les trains sont généralement à l'heure mais pas très très rapides. Je pense que nous aurons largement l'occasion de le tester de nouveau lors de balade dans le pays ou pour nos prochaines vacances.
Les autocars
Le réseau est également bien développé et permet de rejoindre bon nombre de ville du pays. C'est moins cher que le train, parfois climatisé mais plus long. Jamais testé encore, mais ça ne saurait tarder!
Les louages Les louages sont des taxis collectif pouvant accueillir jusqu'à 7 passagers. Ce sont souvent des van style grande Renault ou Peugeot familiale, (pour eux à qui ça parle, ça pourrait ressembler à notre vieille Toyota!). Il y a des stations de louages dans toutes les villes du pays. Le principe est simple, quand on arrive dans une de ces stations, on cherche quels sont les louages qui nous amènent dans la ville où l'on doit se rendre, on achète un billet à tarif fixe (soit au guichet, soit directement auprès du chauffeur) et on attend dans un louage qu'il se remplisse. Dès qu'il est plein, on peut partir. C'est un moyen de locomotion très prisé des tunisiens. Cette popularité vient probablement du fait de son prix (à peine plus cher que le train) et surtout de sa rapidité, car les chauffeurs ont le pied lourd! Et c'est peu dire! Il faut parfois ce cramponner comme il faut, surtout que la ceinture à l'arrière n'existe pas! J'en avais déjà fait l'expérience il y a 8 ans!
Vendredi 2 octobre, Elyes, oui toujours lui, est venu avec trois de ses amis pour un récital de chants Soufi dans notre appartement. Vêtements traditionnels oblige, nous avons nous aussi décidées de marquer le coup et de revêtir nos plus belles djellabas!!
Dès leur arrivée, tous se sont mis à chanter pour s'arrêter 1h30 plus tard. Quelle plongée dans la rencontre ... de ces "autres que nous" venus ici avec une religion différente de la nôtre pour nous faire partager et découvrir leur foi et leur culture. Ce fut un moment très fort, qui n'avait autre but que de nous faire connaître leurs chants et de passer un moment agréable avec nous. Ces chants étaient des versets du coran. Nous ne comprenions guère que "Allah" mais leur gestuelle, le timbre et le rythme des chants nous permettaient vraiment d'être en communion avec eux. Une soirée inoubliable!
Le Soufisme est un mouvement de l'Islam, né en opposition à une pensée et une religion trop formalistes. Il est encore bien difficile pour moi de comprendre exactement quel est la spécificité de ce courant de l'Islam mais je vais tâcher de vous expliquer ce que j'en ai compris et ce que j'en ai lu. C'est un courant apparu au VIIème siècle, qui prône l'ascétisme et la méditation : pour que les Musulmans soient des gens pieux et vertueux, ils doivent renoncer à l’acquisition des biens et ne pas chercher à amasser de grosses fortunes pour eux-mêmes ou pour leurs enfants.
« Le soufisme (tasawwuf) est une science qui permet de connaître les états de purification des âmes, le raffinement des caractères et l’anoblissement de l’apparence et du for intérieur, afin d’atteindre le bonheur éternel. »
Il propose une voie spirituelle qui rassemble, dans sa doctrine comme dans sa pratique, des influences chrétiennes, hindoues etc. C'est un Islam généreux et serein, vraiment loin des images que nous pourrions associer à l'Islam aujourd'hui. Il a inspiré l'Islam ses plus belles prières et ses plus beaux chants.
Depuis le 22 septembre, je me rends trois jours par semaine à l’école Jeanne d’Arc, école privée qui fait parti des écoles de la Prélature de Tunis (Évêché). Elle accueille environ 740 enfants tunisiens, pour la plupart d’un milieu social assez aisé.
Les plus jeunes sont au CP (qui correspond pour nous à la grande section de maternelle) et les plus âgés sont en 6ème. L’apprentissage du Français commence en 1ère année (CP pour nous).
Chaque enfant à donc 10 heures d’enseignement du français par semaine, et 10 heures d’arabe. Pour les autres heures, ils sont du sport, des mathématiques, de l’informatique, de l'histoire-géo, de l’anglais, du théâtre etc.
Le système est différent de la France pour les écoles primaires car iIs ont des professeurs différents pour chaque matière.
Le mardi et le jeudi, je vais dans des classes avec des enseignants de français pour les assister et me familiariser avec les programmes afin de pouvoir mettre en place dans les mois qui viennent des cours axés sur l’oral.
Ces deux même jours, de 16h30 à 17h30, je m’occupe du soutien : études dirigées pour les enfants que les parents ne peuvent venir chercher directement après les cours. C’est un moment très chouette car j’ai des petits groupes d’élèves, le travail et l’aide sont personnalisés et les enfants sont très demandeurs. Cela reste un peu difficile avec les plus petits qui ne parlent presque pas français, mais nous arrivons à nous comprendre. Surtout que je leur demande de m'apprendre quelques mots d'arabe... Ils se marrent bien car je n'arrive pas à prononcer la plupart d'entre eux! Ça viendra, je commence les cours le 16 octobre prochain!
A partir du 15 octobre, je m'occuperai d'un "club" de français le mercredi après-midi, en deux groupes (en fonction de leurs classes) où je souhaite travailler sur le français de manière plus ludique : comme mon travail est surtout de leur permettre d'améliorer la langue parlée, je vais mettre en place des jeux, lire des histoires et pourquoi pas les mettre en scène pour que les enfants progressent et que ce soit un autre temps que celui des cours proprement dit. Je vous dirai plus tard si ça fonctionne, là encore, tout est à faire!
Mes collègues sont sympathiques, je regrette un peu de ne pas pouvoir avoir plus de moment de discussion avec eux, n'étant là que l'après-midi, on se voit assez peu pour l'instant.
Dès mon arrivée ici, j'ai suivi 4 jours de formation avec eux tous, et avec d'autres professeurs des écoles de la prélature. Ce moment m'a permis de rencontrer bon nombre de mes collègues et de parler plus longuement avec eux.
Tout reste à se mettre en place, je dois aussi trouver ma place et faire comprendre aux professeurs que je ne suis pas une inspectrice et que je viens juste dans les classes pour les aider et aider les enfants! Certains comprennent mal mon rôle, que je tente d'ailleurs moi-même de définir et de mettre en place.